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Jeudi 19 octobre 2006

Je me méprise, me vomis. Pourquoi ? Car hier j’ai perpétré ce méprisable péché d’aller souper dans un restaurant commun avec mes amis. Que je suis rabougri de volonté !

J’ai ingurgité un plat calorifique au lieu de perpétuer une diète obstinée. Lâche. Miséreux minable qui a avalé de la pitance puante et malsaine !...

Il est vrai que je me suis vigoureusement contrôlé pour ne ronger que la moitié de l'auge, ce qui était déjà plus qu’arrogant. Un plat bouffi de fromage et patates avec viande saucée. Je ne demande pas à récolter un seul gramme. Mais plutôt à disparaître à l’intérieur de ma cage thoracique.

Il faut que je me reprenne. Ne pas se laisser aller.

Ma visée est continûment là : souffrir mollement vers une mort programmée.

En me couchant, je me suis rendu compte que mes os et mes muscles me faisaient souffrance. Est-ce le manque de vitalité et d’alimentation qui entame son itinéraire de douleur dans mon misérable squelette. En me mettant sur le côté, mon épaule m’a causé une mortification assommante. Ce mal était, malgré cela, charmant.



Durant la nuit, j’ai perpétré des rêves effroyables. Dans la pénombre de ma cellule, je vous l’avoue, j’ai très mal dormi, d’un sommeil remuant et insalubre. Dans un des passage de mes cauchemars, je me suis retrouvé crucifié sur un calvaire de bois, face contre le sol. Epouvanté, je percevais mon corps se transformer pour prendre la physionomie de celui du Christ. Un Christ croqué et fossilisé à la couenne marron et aux veines noir et rouge. Tout mon être souffrait terriblement  de cette mutation et se battait sans relâche contre le mal tordant qui l'éreintait.

Puis la Sainte Mère du Christ m’est apparue avec un visage baigné de lumière. J’étais terrorisé. Je rêve d’ailleurs fort fréquemment que le Très Sainte Vierge me révéler sa face, et ce fantasme me réveille terrorisé et déclinant.

 

 

 

 

 

 

 


La mort semble s’insinuer universellement en moi
, même dans mes nuits, dans mes rêveries de noctambule, dans ma peau : quel enchantement suprême ! Je récents cette approche finale avec frémissements d’allégresse.

Ce matin : déprime. Une dépression ultime. Une inclinaison à décamper et se jeter sous les roues d’une voiture.

Rien à rajouter.

Matinée lugubre au bureau, passée à résister pour sauvegarder une face aimable. Sourire aux collègues et faire semblant que tout va admirablement alors que l’abîme est béant en mon cœur. Dire bonjour mécaniquement… Besogner alors que ma tête est emplie de sombres éclats et de pensées mortelles. Je vous jure que c’est épuisant. Souffrance palpable. Dédoublement et schizophrénie.

A midi, j’ai tenu mes engagements artistiques sans concéder. Je n’ai pour ainsi dire rien mangé à la cantine d’entreprise : une cuillérée de chou bouilli et deux cuillères de poisson vapeur. Avec cela, à satiété d’eau gazeuse pour bien assujettir mon estomac. Je suis béat et amplement fier de moi. Je sais que maintenant l’après-midi sera pénible assis à mon pupitre. Indubitablement la dépression va me recouvrer à nouveau et les tourments de la veille m’assiéger sans répis. Lecteur, rien, pourtant, ne me fera plier…

Bientôt, j’ajouterai une douleur additionnelle à mon anorexie. Une autre violence mortelle viendra défigurer mon corps hideux et précipitera mon esprit délirant vers l’apothéose.
Patience…

 

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Par mijaelx - Publié dans : stabatmater
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