Une semaine s’est consumée. Une semaine où je suis tombé malade. Fermement malade au point de subsister au lit interminablement. J’ai harponné une sorte de grippe avec maux de tête, vertiges et quinte. Mais en réalité, je préjuge que c’est mon cadavre qui timbre ainsi son accablement. Un épuisement face à la vie. Un refus de continuer à se contraindre. J’ai tenté de me soigner moi-même avec quelques médicaments anciens subsistants dans le bahut à pharmacie de ma salle de bain. Des remèdes surannés pour certains d’entre eux. Bien indubitablement, cette auto sollicitude n’a fait aucun bien à mon organisme et la maladie s’est prolongée pendant toute la semaine.
Je crois que les privations qui ont apprêté mon corps ne sont pas étrangères à cet état. La maladie a pu s'édifier plus facilement car toutes défenses avaient disparues. Les forces de lutte étaient en sommeil.
Plus qu’une affection, ce fut une crise de dépression acuminée. Une mélancolie inflexible et un rejet intégral de la vie ont usurpés mon entité durant ces longues journées et ces nuits cauchemardesques. A la fièvre s’est ajouté l'asthénie la plus enfoncée. Mon corps avait mal et mon âme était au plus noire. Je n’aime vraiment pas cette phase de l’année où l’été trépasse dans les froids d’un l’hiver désolant. S’en suit une trouble conception de la vie, le désespoir pour toute la terre. Et cet accablement, je l’hume si fort en moi-même que ma dépouille sombre intégralement dans l’affection.
Aujourd’hui, mon état de santé semble se réformer enfin. Les chutes de tensions semblent moins sérieuses et la fièvre passe peu à peu. Au travail, je me perçois plus réel et l’envie de sommeiller se fait moindre.
Je peux donc rattraper mon jeun volontaire. Ma destinée mortelle.
Etre malade fait souffrance. J’ai enduré d’être amoindri par une inclination que je ne maîtrisais point. Cette non emprise m’a déplu. C’est l’antithétique de mon anorexie choisie et assumée. Contrôlée et dirigée. La maladie est accablante et subie comme les grecs consentaient les châtiments célestes. Je rejette avec violence cette représentation. Seule le contrôle est la clé de la victoire de mon œuvre. De mon art.
Comprends-tu, lecteur, que l’art n’est pas congénital mais besogné. Cet ouvrage grandiose et constitutif auquel tu assistes est acharné, le résultat du travail d’un artiste.
Donc, la parenthèse de ma maladie est clôturée. Reprenons dès à présent notre tâche artistique.
Ce week-end, une fois mon rétablissement absolu, je vais affliger à ma dépouille une autre souffrance additionnelle, choisie, étudiée et voulue. Cette douleur devra être physique et extérieur pour contrebalancer la privation de subsistance qui fait affliction à l’intérieur. L’intérieur et l’extérieur de mon être seront incessamment crucifiés par la calamité. Ma mère céleste, Très Sainte Vierge, me scrutera comme elle regardé son fils agoniser. Mes lésions sur le derme seront des stigmates visibles. « Constateras-tu mes plaies, oh ma mère ? ».
Mère des douleurs…. 