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Lundi 13 novembre 2006

Cher lecteur, il faut réaliser une mise au point auparavant de prolonger. J’ai crainte de te déposséder. Ou plutôt, j’ai peur que tu te perde toi-même. Or, ne pas s’illusionner est primordial pour pouvoir poursuivre collectivement ce bout d’itinéraire. Recadrons en conséquence notre propos.

Les romans s’amalgament sans cesse avec l’existence. La vie est-elle un écrit ou les livres sont-ils des tronçons d’état ? Si tu t’introduis en mon art au point d’en omettre l’esthétique c’est que mon but est désuet ou que les représentations de frontières ont été trop abolies pour ne plus spécifier le réel du discours. La linéarité de mon propos s’avère avoir eu raison des portées réflexives. Le sujet a dépassé le vécu. Or, je ne peux plus maintenant faire marche arrière. Je désire cheminer au bout de cette performance consignée, au bout de la tranche artistique que je me suis obligé d'attaquer. Si tu ne parviens pas à soutenir un espacement assez éminent, précieux lecteur, si la radicalité de la locution artistique te submerge… qu’y puis-je ?

Oui, je suis en folie du monde. Je ne fouille et ne tergiverse que dans le but d’exciter l’émotion innocente la plus élevée et la plus extasiante. Oui, je suis blâmable de complexité et d’incompréhension et cela me fait mal et incite mon rejet de toute volonté vitale. Mon art est un art défunt. Une tournure d’exploitation du néant, de l’obscur, de l’épreuve et de la non destinée. Si le propos m’attire c’est qu’il vibre en moi semblable à une hardiesse insatiable.

 

 

 

Cher liseur, il est temps de fuir si la conception te devient intolérable. Ne te force pas à continuer le cheminement DE CE ROMAN si il t’affecte plus qu’il ne te réconforte. Si au lieu de deviner un alter ego ne ces lignes tu découvres un sérac noir, referme cet écrit. Si au contraire l’histoire te captive, néglige les caprices et continuons ensemble à nous infiltrer dans les chapitres d’une attendrissante réalité sublimée par un protagoniste supplicié.

(…)


Mon rêve se fait cauchemar. Chaque nuit, mon sommeil est désormais si remuant que je sanglote, je cris, j’implore le Seigneur parfaitement ardent de m'assister. Cette nuit encore, les silhouettes de la mort sont arrivées pour emmêler ma nuit. A aube, je portais encore les stigmates de mon soupçon de repos et de mes fléaux noctambules. Mes yeux étaient cloqués et encerclés, ma peau froissée, mon cadavre piteux et amolli.

Pourquoi un tel état ?

J’ai imaginé à m’en convaincre que chaque nuit mon réveille-matin devait bruire à 2h et à 3h (du matin) et m'attiser férocement. Quelle atroce encaissement quand sous le coup d’une fantaisie écrasante je me lève en sursaut au plein milieu des noirceurs. Mon cœur bat si vigoureusement que je crois alors qu’il va me délaisser et que je vais enfin pénétrer l’éternel repos. A chaque fois que j’entends en moi-même bourdonner de façon perçante ce réveil d’acier, je cabriole dans mon lit, persuadé qu’il faut que je me lève instantanément pour aller attraper un avion qui doit décoller au petit jour. Il ne faut pas plaisanter de cet archétype de cauchemar qui m’épuise.

Une fois réveillé, une angoisse ahurissante et ignoble usurpe mon esprit. Une peur incontrôlable s’empare de ma raison. Une frayeur monstrueuse. Dévorante. Cauchemardesque. Dans cette atmosphère, reconquérir le sommeil est outrageusement malaisé. Je suis obligé d’allumer ma radio, d’implorer pour diverger les ténèbres de mon cauchemar, de méditer et de haler en moi assez de fermeté pour reconduire ma nuit. Une fois rendormi, j’entends hâtivement le réveil tinter à nouveau et me lève encore une fois en nage avec l'intérieur évidence que l’avion va décoller sans moi. Je chancele, je suis tourmenté, je pleure de peur et déshonneur.

Et cet aéroplane qui doit s’envoler au petit matin et qu’il ne faut spécialement pas manquer, ne serai-ce pas une acclamation de la Sainte mort ? Oui, c’est Dieu de lumière qui m’attend. Il me désigne pour me hausser vers Lui, à m'exhausser vers les cieux sans plus temporiser. Moi qui exige tant le trépas et qui le encourage si fiévreusement, mon inquiétude est élevée de manquer le rendez-vous qu’il me fixe.

 

 


Ce matin, je suis encore retourné par cette expérience nocturne poignante et si captivante à la fois. Je m'affaire d’en consigner précautionneusement le cheminement semblablement à un trésor offert par les dieux.

Mon expérience vers le néant persiste en ce commencement de semaine. Ma masse corporelle continue de réduire et j’en suis réjoui. Bienheureux. Satisfait. Transfiguré de d’agrément. Je commence aussi la préhension de médicaments de façon irréfléchie, indéterminée et anarchique. Cette semaine, des hypers concentrés vitaminiques alliés à de l’aspirine, du maalox, des tubes homéopathiques… bref, tout ce qui me chute sous la main. Pour le moment, il n’y a nul effet praticable, mais je suis certain qu’avec la durée et la sobriété calorique prolongée, mes organes vont sursauter un à un. Encore un peu de persévérance et je pourrai prochainement exposer avec minutie les effets praticables et les apparitions corporelles inédites.

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Par mijaelx - Publié dans : stabatmater
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