Je pleure. Je pleure de peur, de honte et de douleur. Je pleure car je suis perdu. Isolé au monde, enfermé dans ma dépouille trop éphémère et si moche. Je pleure amèrement, je pleure sinistrement. Quelle souffrance, savez-vous ? Je pleure et j’endure d’être allé outrageusement loin. D’avoir franchi le repère de non ricochet, de n’avoir plus la robustesse de faire mouvement arrière.
J’ai joué de toutes mes forces et je suis présentement otage de mes pleurs âcres. Je pleure en écoutant une chanson, en voyant sur scène une cantatrice laisser parler sa voix. Je pleure d’être assis dans le métro, isolé au mitan d’une foule qui ne me verra jamais. Je pleure les ténèbres dans mon sommeil tant mes rêveries sont affectées et pénibles. Je pleure comme un enfant qui ne sera jamais consolé par personne. Il est trop tard pour cela.
Voyez-vous, je vous livre à présent mon cœur sans mouvement de style. Fini l’écriture travaillée, ronde, adulée et adorable. Je ne fais plus que pleurer. Je vous livre mon cadavre même. Coupez-le en lambeaux. Videz-le de son sang. Pitié, tuez-moi pour en finir plus vite et immobiliser mon désastre. Je ne veux plus aller en vie. Je veux être en mort.
Le sang ne doit plus fumer. Mes larmes ne doivent plus être de sang. Fumons la mort. Fumons nos accablements et pleurons en divagation. Je veux hurler. HURLER !!!!! AHHH ! PITIE ! HURLER !!!!
La musique en fanfare. Les pleurs en musiques. Tout s’ingère dans ma tête. Un seul cri, je ne veux qu’un seul cri : « viva la muerte ».
Des fièvres et des hallucinations viennent s'emboutir en moi. Mais je ne peux que pleurer. Rien ne parvient plus sortir de ce squelette déjà pour ainsi dire mort. Je pleure encore car mon expérience ne sert à rien. Personne ne remarque l’agonisant que je suis et qui chemine furtivement vers son cercueil. Aucun humain ne me voit. En entamant cette expérience, je voulais qu’on me déploie la main. Qu’on me la tende assurément, savez-vous. Mais, non. Personne. Personne. Personne. Alors, je pleure ne écoutant une chanteuse dialoguer d’un jeune homme triste au beau milieu d’une algarade de théâtre. L’ornementation est noircie. Devant mes yeux il n’y a que la vedette et le vieux pianiste. Et toutes les paroles qui affleurent de son gosier me font pleurer. Amèrement.
Je voudrais que vous aussi vous pleuriez pour concevoir à quel point je suis sombre.
Je suis si affaibli. Ma vie est recouverte de la couenne chaude et fuligineuse de la mort qui me ceinture à présent. Ma mère, est debout. Stabat mater, elle se tient d'aplomb et me couvre du plasma de sa calamité. Comme tu es belle, maman. Tu as cousu la mort sur mom pronom et tu embrasses ma chance fanée. Je te pleure maman. Je te pleure éternellement. Non, ne t’en vas pas ! Reste pareillement, un peu debout à côté de moi, au centre de cette fanfare assourdissante du monde qui hurle et n’écoute pas. Si tu pars, je mourrai pour toujours. La récréation sera bornée. Alors, ne pars pas. Embrasses-moi pareillement. Stabat près de moi encore un peu, Mater… 